Fausse bonne soeur et vraie princesse ?




La fausse bonne soeur, rentrant chez elle par la fenêtre sur cour du 24, rue Visconti, en 1975. Cliché © Florence Jonquières.


Jusque dans les années 1980-90, une bonne soeur habitait au rez-de-chaussée du 24, rue Visconti, dans l'appartement dont l'entrée est sous la plaque commémorative de la mort de Racine. Il était de notoriété publique que cette femme était une fausse bonne soeur. Pendant un temps, elle était accompagnée d'un faux prêtre un peu voûté, nommé René, qui n'arrêtait pas de lui dire "oui, ma révérente mère". René, fils d'une famille bourgeoise de la rue Jacob, était un simple d'esprit que la fausse nonne utilisait comme un peu comme un esclave consentant. Des voisins ont vu, un jour, la nonne le fouetter, nu, dans la cour du 24...

Dotée d'un talent mélodramatique, elle n'avait pas hésité à organiser une fête très scénographiée chez elle en hommage à Racine, mais dont elle était en fait la vraie vedette. Certains disent que l'étrange couple faisait des messes noires dans leur appartement. Elle était aussi réputée pour son langage cru et les flots d'injures qu'elle déversait aux garnements qui venaient sonner chez elle.

La légende, insistante, dit qu'elle était issue d'une famille balkanique, en lien avec le tsar Nicolas II. On raconte justement qu'après la seconde guerre mondiale, de magnifiques voitures, dont des Rolls Royce, s'arrêtaient dans la rue Visconti, d'où descendaient furtivement des personnes qui lui rendaient visite. On l'a dit soeur d'une princesse russe ou parente de la monarchie britannique, famille qui la mettrait volontairement à l'écart en raison de son grain de folie. Plus récemment, des témoins avaient pu voir sur sa table de chevet une photo dédicacée de la reine Elisabeth II d'Angleterre...

Etait-elle vraiment de sang royal ?

La légende était en fait alimentée par la bonne soeur elle-même. A qui voulait l'entendre, elle annonçait être la petite fille de Marie de Roumanie, princesse d'une famille royale en lien avec la monarchie britannique. Hélas, tout était faux ! Une enquête très sérieuse menée à l'initiative de voisins a démontré que la dame, la "veuve Boudu", était la fille... d'un cordonnier de la rue Guénégaud et qu'elle avait fait de la prison pour escroquerie.

Fausse bonne soeur ET fausse princesse...

Cette fausse nonne a fini ses jours à l'hôpital. Après son départ du 24, rue Visconti, une vielle dame a squatté son appartement pendant environ 10 ans. Elle était un peu plus folle encore que la précédente locataire et entassait chez elle des monceaux d'ordures. Son logement en était rempli jusqu'au plafond, au point qu'elle avait du mal à ouvrir la porte d'entrée. Elle pénétrait donc chez elle par la fenêtre sur cour... Certains soirs, on l'entendait gémir ou se plaindre pendant des heures. A sa mort, il a fallu plusieurs jours pour vider l'appartement tellement celui-ci était rempli de déchets. Il parait que seul son lit était un tant soit peu dégagé et qu'elle y accédait par un vague tunnel pratiqué dans les sacs poubelles. En tout, 2m3, seulement, étaient libres...

Baptiste Essevaz-Roulet
(courriel : b.essevaz-roulet@ruevisconti.com)


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